Il ne me tiendrait plus jamais dans ses bras et ne chuchoterait plus à mon oreille dans le calme de la nuit. Je n'entendrais plus jamais sa voix, ni ses rires, et je ne sentirais plus ses lèvres contre mes cheveux. Ils étaient partis pour toujours, ces yeux remplis d'affection et cette force tranquille qui m'avaient soutenue dans les épreuves. Il était devenu une partie de ma chair, semblait-il, une partie de mon âme, cet homme dont j'avais jadis appréhendé de prendre la main qu'il me tendait.
Il manquerait à la Bretagne, assurément. Mais la Bretagne aurait d'autres rois. C'était moi, Guenièvre, qui ne survivrais pas à sa mort, à moi qu'il manquerait un millier de fois chaque heure, d'une façon incommensurable. Il était davantage qu'un roi pour moi, il était mon monde, mon doux printemps, mon été ardent, mon aube radieuse en hiver. Il était mon sommeil, mon repos, ma paix, ma joie, ma vie même. Comment pourrais-je continuer de vivre sans lui?